Terrorisme
en questions ?

Ils sont tous musulmans

Le terrorisme en chiffres

 
Baignés que nous sommes dans les médias de masse, nous avons souvent l’impression que le terrorisme ne concerne que des groupes islamistes djihadistes. Or, en Europe et aux États-Unis, ce type de terrorisme est encore aujourd’hui statistiquement minoritaire par rapport au terrorisme séparatiste, nationaliste ou d’extrême gauche. Si le terrorisme djihadiste est le plus meurtrier, les autres mouvances sont tout de même responsables de la mort de 40% des victimes du terrorisme. Dans le monde, toutes tendances confondues, le terrorisme tue essentiellement des musulmans : entre 82 et 97% des victimes. 

Qui se cache derrière le mot « terroriste » ?

Dans les opinions publiques européennes et américaines, le terrorisme est largement synonyme d’attaques à caractère islamiste. Les événements qui paraissent représentatifs du terrorisme pour la plupart d’entre nous sont les attentats du 11 septembre 2001 à New York, l’attentat de Madrid en 2004, de Londres en 2005, de Paris en janvier et novembre 2015 ou encore les attentats dans le métro et l’aéroport de Bruxelles en 2016. Tous ces attentats ont évidemment marqué les esprits. Une émotion très forte qui a conduit à occulter l’histoire et la réalité bien plus complexes du phénomène.

On va le voir en effet, d’un point de vue strictement statistique, les attaques commises par des groupes islamistes en Occident sont historiquement largement minoritaires par rapport à tous les attentats terroristes perpétrés en Europe et aux États-Unis. Certaines d’entre elles ont par contre été les plus meurtrières.

A l’image du cycliste qui doit lever les yeux de son guidon s’il veut éviter le mur, une mise en perspective plus complète et une compréhension plus englobante du phénomène terroriste est nécessaire.

L’amalgame entre terrorisme et islam est relayé et entretenu par les médias. Une étude américaine de 20141 a ainsi analysé 146 sources médiatiques qui traitent de mêmes événements criminels aux États-Unis. L’étude montre que les médias représentent presque systématiquement les Blancs comme des « criminels », tandis que les Latinos sont surreprésentés comme des « immigrants sans-papiers » et les musulmans comme des « terroristes ». En outre, l’étude souligne également que 81% des actes terroristes dont parlent les huit principales chaînes de télévision américaine (dont CNN et Fox News, les plus regardées) entre 2008 et 2012 sont des actes terroristes à caractère islamiste alors que ceux-ci constituent d’après le FBI, 5% de toutes les attaques à caractère terroriste sur le territoire américain (Voir aussi la fiche « je le sais, je l’ai vu à la télé »).

En Europe

Le site « Global terrorism database »2 de l’université du Maryland aux États-Unis recense tous les événements à caractère terroriste survenus sur la surface de la Terre. En ce qui concerne l’Europe de l’Ouest, la base de données dénombre 321 attaques terroristes entre 2000 et 2013 (période qui suit les attentats du 11 septembre et donc la vague terroriste dite islamiste). 17 d’entre elles ont été perpétrés par des groupes islamistes (un peu plus de 5%, donc). La plupart des attaques sont le fait de groupes ethno-nationalistes ou indépendantistes et de groupes politiques extrémistes, comme le montre le graphique.

Quels sont les critères sur lesquels se basent le « Global terrorism database » pour qualifier un acte de « terroriste » ?

Critère I : L’acte doit poursuivre (et vouloir atteindre) des objectifs politiques, économiques, religieux ou sociaux.

Critère II:  L’acte doit présenter une intention de contraindre et/ou d’intimider via la transmission d’un message destiné à un public plus large que les victimes immédiates de l’attaque.

Critère III: L’acte doit se dérouler en dehors d’un contexte d’ « activités militaires légitimes ».

Les statistiques produites par Europol (le service européen de police criminelle qui facilite l’échange de renseignements entre les polices nationales des États membres de l’Union européenne en matière notamment de terrorisme) confirment ces chiffres pour la période post 11 septembre, comme l’indique le graphique ci-dessous.

Source : europol

Aujourd’hui, même si les ordres de grandeur diminuent, la même réalité prévaut : les attaques terroristes commises par des groupes séparatistes fournissent la majorité des attaques survenues sur le territoire européen, loin devant le terrorisme d’extrême-gauche et le terrorisme djihadiste. Ce dernier présente cependant une forte évolution. En effet, si quatre attaques terroristes à caractère djihadiste ont été perpétrées en 2014, 17 l’ont été en 2015. Une augmentation parallèle du nombre d’attaques terroristes de groupes d’extrême-droite s’observe dans l’Union européenne : si aucun attentat de ce type n’est survenu en 2014, on en recense 9 pour l’année 2015.

Le Royaume-Uni a été le théâtre du plus grand nombre d’attaques terroristes en 2015 (103 dont on ne connait pas la nature parce que le gouvernement britannique ne fait pas de distinctions dans ses décomptes officiels). Il est suivi par la France (72, dont 17 sont répertoriées comme ressortant du terrorisme djihadiste dont celles de Charlie hebdo et les 11 attaques du 13 novembre) et l’Espagne (25 attaques ont été perpétrées. 18 d’entre elles ont été classées dans le terrorisme séparatiste et 7 comme étant du terrorisme d’extrême gauche).3

Si le terrorisme islamiste reste minoritaire et historiquement marginal en Europe par rapport aux autres formes de terrorisme, il est en revanche le plus meurtrier. Sur les 321 attentats terroristes perpétrés en Europe de l’Ouest entre 2000 et 2013, 95 ont été meurtriers, faisant un total de 430 morts. 260 d’entre eux sont décédés du fait du terrorisme à caractère djihadiste (sans compter, donc, les nombreuses victimes des attentats de Paris et de Bruxelles), soit 60 % du total des morts liés au terrorisme comme le montre le graphique qui suit. Il faut donc noter que les autres mouvances terroristes sont également meurtrières (170 décès) malgré le traitement politique et médiatique bien plus discret à leur encontre.

source : global terrorism database

 

Les attaques à visée ethno-nationaliste et séparatiste en Europe en 2015 (d’après rapport Europol)

• Le nombre d’attaques terroristes de groupes ethno-nationalistes et séparatistes continue de diminuer pour la quatrième année consécutive : de 67 en 2014 à 65 en 2015.

• 168 personnes ont été arrêtées dans le cadre de crimes relatifs au terrorisme ethno-nationaliste et séparatiste.

• La plupart des attaques ont lieu en France, en Espagne et au Royaume-Uni.

• La police d’Irlande du Nord reste la cible principale des groupes républicains dissidents.

• Il existe un risque persistant de confrontations entre des séparatistes kurdes et des nationalistes turcs dans plusieurs États membres de l’Union européenne (dont l’Allemagne).

Les attaques de groupes d’extrême-gauche en Europe en 2015 (d’après le rapport europol)

• Les attaques commises par des groupes d’extrême gauche restent à un niveau très bas depuis 2006 (Europol ne fournit pas de données chiffrées précises et synthétiques)

• Les engins explosifs improvisés (IED) restent l’arme privilégiée par ces groupes.

• 67 individus ont été arrêtés dans six États-membres de l’Union européenne en 2015.

Les attaques de groupes d’extrême-droite en Europe en 2015 (d’après rapport europol)

• Les attaques terroristes de la mouvance d’extrême-droite violente ont augmenté dans plusieurs États-membres de l’Union européenne.

• L’opposition à l’immigration et l’opposition à l’islam sont les deux thèmes centraux mobilisés par les groupes de cette mouvance.

• Augmentation très importante du nombre d’attaques terroristes d’extrême-droite dans l’Union européenne : de 0 en 2014 à 9 en 2015.

• Alors que le nombre d’arrestations relatives au terrorisme d’extrême droite a fortement diminué : de 34 en 2014 à 11 en 2015.

 

Aux États-Unis

La situation que l’on vient de décrire pour l’Union européenne est similaire à celle des Etats-Unis. Le graphique qui suit montre le classement par idéologie de 125 groupes terroristes qui ont attaqué les Etats-Unis entre 1970 et 2010. 40 d’entre eux (32%) poursuivent un agenda ethno-nationaliste ou séparatiste et 35 sont organisés autour d’une cause précise (« single cause ») telle que des groupes anti-castristes, les terroristes environnementaux, les défenseurs du droit des animaux, les mouvements anti-guerre, etc. Seuls 6%, soit 8 groupes, fondent leur revendication sur une idéologie religieuse. Notons cependant que, comme dans l’Union européenne, le nombre de groupes terroristes djihadistes est en augmentation même s’il reste nettement inférieur au nombre de groupes se réclamant ethno-nationaliste et séparatiste. Ce nombre est également inférieur à la somme de tous les groupes de la catégorie des « single cause ».

 

Si toutes les mouvances sont meurtrières, Al qaïda est le groupe qui a causé le plus de dommages sur le territoire américain.

Source : global terrorism database

 

Par contre, si moins d’un groupe sur 10 affirme poursuivre des objectifs religieux, il faut noter que 20% des groupes terroristes aux Etats-Unis soulignent que des orientations religieuses structurent leur système de pensée (“subideology”). Le graphique qui suit souligne ainsi que la religion chrétienne est l’idéologie religieuse la plus fréquemment revendiquée (9 groupes), suivie par le judaïsme (8 groupes).

source global terrorism database

Dans le monde

En 2015, près de 100 pays différents ont été victimes d’attaques terroristes. Mais 50% de ces attentats ont été perpétrés dans seulement 5 pays : l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et les Philippines. Et 5 pays dénombrent 69% de tous les décès liés au terrorisme : l’Irak, l’Afghanistan, le Nigeria, la Syrie et le Yémen. Tous des pays à majorité musulmane.

La chaîne de télévision anglaise BBC a fait son propre décompte4 et précise même les conclusions : entre 2004 et 2013, sept pays à majorité musulmane figurent parmi les 10 pays les plus touchés par le terrorisme international, au premier rang desquels l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan. Ces trois pays concentrent à eux seuls les 2 / 3 des décès liés au terrorisme dans le monde.

À l’échelle de la planète, le terrorisme tue donc bien plus de musulmans que de chrétiens, de juifs ou d’athées. Les chiffres sont éloquents. D’après un rapport5 du centre national du contreterrorisme des États-Unis qui se concentre sur la période allant de 2005 à 2010, entre 82 et 97 % des victimes du terrorisme à travers le monde étaient musulmanes.

Dès lors, quand on se place à l’échelle de la planète et que l’on constate que la plupart des victimes du terrorisme sont musulmanes, l’idée reçue selon laquelle tous les terroristes sont musulmans prend un contour différent. On comprend en effet, contre le traitement médiatique qui en est fait, que le terrorisme à caractère djihadiste poursuit avant tout des objectifs politiques que les différents contextes dans lesquels ils s’inscrivent permettent d’expliquer.

 

  1. 1.Christopher A. Bail « The Fringe Effect: Civil Society Organizations and the Evolution of Media Discourse about Islam since the September 11th Attacks », American Sociological Review, 77(6) 855–879
  2. 2.https://www.start.umd.edu/gtd/
  3. 3.Tous les chiffres sont tirés du rapport d’Europol : « EU terrorism situation an trend report 2016 » consultable ici : https://www.europol.europa.eu/latest_publications/37
  4. 4.http://www.bbc.com/news/magazine-30883058
  5. 5.https://www.fas.org/irp/threat/nctc2011